Un blog dédié aux femmes

Que dire de ma sexualité à ma fille?

Lettre-manouella
19 Mar 2014

Que dire de ma sexualité à ma fille?

Par Maïtie Trélaün dans Manouella

Manouella plonge au cœur de sa vulnérabilité pour suivre le fil de la sexualité en elle comme au travers de sa lignée de femmes afin de trouver les mots justes à exprimer à sa fille et sortir du silence. Elle nous parle de cette transmission qui bien souvent ne s’est pas faite entre nos mères et nous. Qu’avons-nous a transmettre à nos filles ?

St Paul de Vence
mercredi 19 mars 2014

Bonjour à vous deux

 

J‘ai envie de dire mes amies tellement ce que nous partageons est puissant pour moi.

 

Un immense merci à toi Noémie car tu m’as permis de prendre conscience qu’il y avait pleins de choses que je n’avais pas exprimées à Marion, ni à Leïla d’ailleurs. Du coup, je suis allée voir cet espace de Femme en moi, cet espace qui me parle de ma sexualité. Ce n’était pas simple. C’est comme si je cherchais à trouver la trace que j’avais suivie pour être celle que je suis aujourd’hui, même si je ne suis pas celle que je voudrais être.

 

J’aurais eu besoin de voir en mon sexe quelque chose de vivant, de beau, de tendre, de plaisant

C’était facile de trouver des faits, de me sentir victime de la relation que j’ai eu avec le père de mes enfants, victime d’avoir été trompée, trahie, victime de ne pas avoir été respectée dans ma sensibilité, victime de son silence, victime de son absence, victime de son indisponibilité pour moi, pour ses enfants….

Cela réveille de la colère alors que je pensais avoir digéré toute cette première partie de vie.

 

La vie a cette exigence qui nous amène à assainir nos espaces intérieurs jusqu’aux moindres interstices pour nous permettre d’être pleinement en paix avec tout ce que nous avons fait quelle que soit la manière dont nous l’avons fait.

 

Je suis allée voir au-delà des faits, comme s’ils n’étaient que la surface de l’eau. Alors j’ai plongé, sans trop savoir ce que je cherchais, ni ce que j’allais trouver. J’ai eu l’impression de rentrer à petits pas dans ma vulnérabilité de Femme, dans un espace secret où je n’étais jamais allée. C’était là, au cœur de mon sexe, ça ne faisait pas de bruit… et pourtant c’était si important.

 

J’ai touché le silence des femmes de ma lignée, interdites de plaisir comme de déplaisir, interdites de réagir, anesthésiées même si elles avaient une forte personnalité. Mais elles se devaient d’obéir à l’Homme en silence et de le rendre heureux quel qu’en soit le prix. Ce sont des femmes de tête, coupées de leur cœur et anesthésiées dans leur corps. Des femmes qui ne font pas de bruit, pas de vague.

C’est ce que j’ai expérimenté sans en avoir conscience durant ma première partie de vie. Pourtant j’ai pris des chemins différents, je croyais m’être distinguée de ma mère … et j’arrive au même endroit. C’est curieux comme bien souvent nous avons l’impression de partir à l’opposé de ce que nous ont montré nos parents et pourtant nous répétons leur schéma. Je crois que c’est parce qu’on ne voit que la surface, c’est elle que l’on change… mais on ne transforme pas le plus profond.

 

De quoi aurais-je eu besoin ? J’aurai eu besoin que ma mère me parle avec toute sa vulnérabilité, avec les espaces où elle n’y arrive pas ; j’aurais eu besoin que d’autres femmes me parlent de leur sexualité avec simplicité ; j’aurais eu besoin qu’on pose des mots qui me permettent de voir, en mon sexe, quelque chose de vivant, de beau, de tendre, de plaisant…

 

Je découvre tout cela aujourd’hui, après m’être heurtée au dégoût, à la honte, à la peur, à l’incompréhension, à la violence, à l’irrespect; je découvre un chemin fait de délicatesse, de sensations aux saveurs infinies, un chemin de douceur et d’amour, un chemin qui a un goût de paradis, un chemin qui me donne envie de faire l’amour encore et encore, un chemin qui me permet de me sentir vivante.

 

Avant, c’était fatigant pour moi de déclencher l’énergie pour faire l’amour parce que je croyais qu’il allait falloir que je trouve les chemins de l’orgasme, sinon je restais sur ma faim, mon compagnon était frustré… c’était pas génial. Maintenant,  je découvre la liberté de faire l’amour sans aucun challenge, juste en savourant le chemin sans se perdre dans des projections. Je n’ai jamais autant eu envie de faire l’amour que depuis que je me moque d’avoir un orgasme ou pas. J’ai l’impression qu’il n’y a plus d’énergie à mettre pour atteindre un but, mais juste à se faire plaisir comme en savourant une gourmandise sans avoir l’obligation de finir l’assiette. Du coup c’est simple.

 

 

J’ai pris le temps un soir, de parler de tout cela avec Marion. Quel moment magique ! J’étais intimidée au départ, elle était un peu gênée ne sachant pas trop où je voulais en venir. Et au fur et à mesure que je m’ouvrais je sentais que des choses se détendaient en elle. J’ai parlé ainsi, sans qu’elle ne dise rien, du silence de notre lignée de femmes, de ce que j’avais expérimenté en étant anesthésiée, de ce qui m’avais permis de changer de direction pour oser explorer une voie différente, de ce que j’avais alors découvert et de ce que cela m’apportait. Je n’ai pas parlé des faits car elle n’en a que faire, je n’ai pas cherché à minimiser, ni à me justifier… Je lui ai parlé de moi, sans détour, sans masque, sans gêne.

Ensuite je lui ai demandé ce que ça lui faisait que je lui dise tout cela : “je sais pas… c’est beau … je sais pas ce que je vais en faire mais je sens que c’est important… ça me donne envie de découvrir ce chemin que tu explores… mais j’y suis pas encore… Tu pourras m’en parler si j’ai besoin plus tard ? “

J’ai pleuré comme c’est pas possible et on s’est prises dans les bras.

Je sens que quelque chose a changé depuis entre nous : j’ai plus l’impression qu’on est davantage comme deux femmes que comme une mère et sa fille. Moi aussi je suis différente, il y a plus de joie en moi, plus de légèreté.

 

Je pense que c’est vraiment à la mère de faire ce pas vers sa fille. Si c’est toi qui demande Noémie, et si ta mère n’est pas prête, elle risque de te submerger de ses croyances, de ses problèmes, de ses résistances… Ce n’est peut-être pas ça dont tu as besoin.  Je fais confiance à ton intuition.

 

De mon côté je sens qu’il va être important que je fasse la même exploration vers mon utérus… J’ai aussi des choses à dire à mes enfants de ce côté-là. Je vous tiendrai au courant.

 

Camille, c’est chouette ce que tu dis et ce que tu vis. Je suis heureuse de te sentir rire de nouveau. Tu verras, nos enfants adorent nous entendre rire. Alors ….

 

Je vous serre tendrement contre mon cœur.

 

 

Manouella

Laissez-nous vos commentaires