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Laisser l’enfant sortir du nid

Lettre-manouella2
30 Avr 2015

Laisser l’enfant sortir du nid

Par Maïtie Trélaün dans Manouella

Il n’est pas toujours aisé de laisser l’enfant partir, de savoir ce qui est le mieux pour lui pourtant il commence à partir dès qu’il sort du ventre de sa mère. Comment les premiers pas préparent son envol ?

St Paul de Vence,
le 29 avril 2015

Mes très chères

J‘aime vraiment beaucoup vous lire et suivre nos recoupements. C’est tellement juste ce que tu exprimes Camille et en même temps tu vas te rendre compte que cela te prépare au départ de tes enfants… Et en fait, ils commencent à partir dès la conception ! Ils nous préparent à leur grand envol.

Peut-être n’avions-nous pas vu nos enfants grandir aussi vite !

Quand Leila était petite, qu’elle avait quelques mois… je guettais ses moindres avancées, ses acquisitions : un objet attrapé, une mouvement fait, un son prononcé. Puis les choses s’accélèrent, les premiers pas, les phrases, le langage… le début de l’autonomie. Et petit à petit j’ai commencé à vouloir lui apprendre à faire des choses et je n’ai pas réalisé qu’en même temps je fermais des espaces de sa manière de faire. Je lui apprenais à faire comme “on doit faire”.

J’ai rencontré un chamane qui m’a parlé des enfants amérindiens. Dès 7 ans, ils vivent en groupe et expérimentent la vie à leur manière (repas, construction de tipi…). Ils sont libres de faire leurs expérimentations ; ils se débrouillent dans le périmètre sécuritaire du clan. Si bien qu’il n’y a pas de crise d’adolescence. Ils n’ont pas besoin de remettre en questions les choses puisqu’ils les ont testées et ont même parfois contribué à leur évolution !

Lorsque Marion était petite, je l’ai laissée faire davantage… C’était ma 3ème, c’était plus facile. Cela m’a permis d’avoir confiance dans sa capacité à faire, à se débrouiller, à trouver les chemins, à s’en sortir. Cela m’est très précieux aujourd’hui qu’elle est ado. J’ai une confiance fondamentale dans sa créativité et son ingéniosité même si les chemins qu’elle emprunte me font parfois peur. Je sais qu’elle peut se sauver, là où je me sens impuissante. Mais qu’est-ce que c’est dur d’être impuissante face à son enfant !

En fait, c’est très progressivement que l’enfant s’envole et c’est comme si aussi progressivement on fermait la cage. C’est vrai que c’est plus dur de les laisser “tomber” à 16 ans qu’à 2 ans car les blessures ne sont pas les mêmes, les enjeux non plus. Et pourtant, c’est parce qu’on a osé les laisser tomber à 2 ans, qu’on osera le faire à 16 et cela sera salvateur pour eux. En plus, ils auront acquis une confiance en eux qui leur épargnera bien des déboires.

Mais il se joue autre chose. Qu’est-ce que je deviens quand mon enfant s’envole ? Si une partie de ma vie a été dans la reconnaissance de mon statut de mère, qu’est-ce qui va remplacer l’espace vide ? Comment est-ce que je me reconnaîtrais mère ? Qui suis-je si je n’ai plus à voler à son secours ?

Je ne sais pas ce qui est le plus dur : est-ce d’ouvrir l’intimité de notre sexe pour les mettre au monde ou est-ce d’ouvrir le cœur de notre cœur pour leur permettre de faire leurs propres choix, leur propre vie ? Dans le premier cas nous leur ouvrons l’infini du monde, dans le deuxième ils s’y lancent et le monde ne nous a jamais semblé aussi vaste. Peut-être n’avions-nous pas vu nos enfants grandir aussi vite !

Qu’en dis-tu Noémie, toi qui est dans cette phase de la vie ?

Je vous embrasse

Manouella

  • Pauline 1 mai 2015 at 13 h 07 min / Répondre

    Merci!
    Mes 3 fils aînés approchent de l’adolescence: 16, 14 et 12 ans;
    Je galère davantage maintenant que lors de leurs mise au monde physique!
    ce texte me rappelle d’ouvrir mon cœur, comme jadis j’ai su ouvrir mon sexe et les accompagner à naître.

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