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Le fantôme de la mauvaise mère

Lettre-manouella
04 Fév 2015

Le fantôme de la mauvaise mère

Par Maïtie Trélaün dans Manouella

On a tellement peur d’être une mauvaise mère qu’on se met la pression et qu’on se complique l’existence. De quoi a besoin notre enfant ? Qe quoi avons-nous besoin pour nous accueillir dans notre passé de mère ?

St Paul de Vence,
le 4 février 2015

Hello Belles

Je te comprends tellement bien Camille dans ce tsunami de l’après naissance. Lorsque j’étais dedans, une amie, mère de 4 enfants, m’a dit :”Savoure cette période, c’est la plus belle !“. Je n’ai pas compris, car j’étais trop perdue… J’avais tellement hâte de sortir de là. Mais, qu’est-ce qui me perdait ? C’était mes croyances éducatives bien plus que ce que je vivais.

c’est en accueillant la mère que je suis que j’ai pu accueillir ma mère

Lorsque je regarde aujourd’hui cette période de ma vie qui m’a semblée interminable, elle occupe la place d’une virgule. Ce qui reste dans mon corps, c’est la douceur du contact de Leïla dans mes bras, c’est la vivacité de son sourire, c’est la puissance de cet amour qui émanait d’elle. Pourtant cela a été une période si difficile pour moi… mais les difficultés étaient dans ma tête, dans mes résistances.
J’avais tellement peur de mal faire, d’être une mauvaise mère. Cette peur me hantait comme un fantôme qui dansait avec cette bonne élève, cette petite fille modèle que je me suis efforcée d’être. 
Là, j’avais un modèle, celui de ma mère, que je ne voulais pas reproduire dans son intégralité et j’avais des principes d’éducation idéale (une mère aimante, patiente, douce, respectueuse qui met en pratique une communication non violente, une vie saine…). Par exemple, j’avais rêvé de masser ma fille tout bébé… Elle hurlait dès que je la caressais. Je voulais l’allaiter longtemps… chaque tétée était une vraie bagarre. Je ne savais pas à quoi me raccrocher… et en plus, le père avait déserté la place en se noyant dans son travail.
Je cherchais désespérément une personne qui pourrait me guider… et je n’ai pas réalisé que c’était ma fille. Elle avait juste besoin que je lâche tous mes principes, que je lâche la part “éducative”, que je prenne le risque d’être une “mauvaise mère” selon des critères socialement corrects. Elle avait juste besoin que je fusionne avec elle, que je savoure notre lien même s’il était hors du temps. C’était ainsi qu’elle me dicterait ce dont elle avait besoin pour grandir, pour se construire. Elle seule pouvait me faire comprendre ce dont elle avait besoin… mais pour cela il fallait que je puisse l’écouter et donc que je sois disponible. Cela me demander de me faire confiance, d’accepter d’expérimenter, d’avoir foi dans mes perceptions, d’écouter mon cœur plus que ma tête.
Je n’ai pas apporté cela à Leïla, alors que je l’ai amorcé avec Baptiste et je me suis régalée avec Marion. J’ai réalisé alors à quel point je m’étais compliqué l’existence avec mon aînée. Et, en même temps, elle grandit et se construit à sa manière, elle trouve les chemins pour réparer ce que je n’ai pas su lui apporter. J’ai fait ce que j’ai pu, ce que je croyais être le meilleur à ce moment-là avec les éléments que j’avais.
Cela m’a permis de réaliser qu’il en était de même pour ma mère. Elle aussi a fait le mieux qu’elle pouvait en agissant pour mon bien même si j’ai pu lui reprocher ses actes. Etonnement, c’est en accueillant la mère que je suis que j’ai pu accueillir ma mère et qu’au travers de ses manquements j’ai pu retrouver le fil de son amour.
Cela me permet aujourd’hui d’accueillir les reproches de ma fille, d’entendre qu’elle puisse m’en vouloir, qu’elle puisse se sentir abandonnée… Je sais que je n’ai pas cessé de l’aimer, de la soutenir même si je ne savais pas comment faire. Il n’empêche qu’elle a besoin que je l’accueille dans ce qu’elle a vécu, simplement. N’est-ce pas cela aimer ?
Alors Camille, j’ai juste envie de te dire : ne te prends pas la tête, fais ce que tu sens… Ce n’est pas toi qui éduque ton fils, c’est lui qui t’éduque à être mère… Tu es à l’école de maman… et , à l’école, tu as le droit d’apprendre, d’hésiter, de te tromper, de tester. Sauf que, dans cette école… tu ne peux que réussir car tu es la femme que Merlin a choisi pour être sa mère et il l’a fait en t’accueillant comme tu es. Quand tu auras le temps tu pourras lire “Le mythe de la mauvaise mère“, c’est un livre qui m’a aidé à déculpabiliser.

Je vous embrasse
Manouella

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