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L’enfance au-delà des étiquettes

Lettre-manouella3
27 Mai 2015

L’enfance au-delà des étiquettes

Par Maïtie Trélaün dans Manouella

Il est courant de mettre des étiquettes sur les individus de façon plus ou moins marquée. Et pourtant nous supportons mal d’être étiquette. D’où cela vient-il ? Pourquoi sommes-nous étiquetés dès la plus tendre enfance ? Qu’est-ce que cela change dans nos relations ? Les crises d’adolescence seraient-elles aussi des histoires d’étiquettes ? Manuel nous partage son expérience avec sa fille.

St Paul de Vence,
le 27 mai 2015

Bonjour mes très chères

J‘aime à vous lire, à vous suivre dans vos évolutions qui me poussent dans mes réflexions.

J’aimerai que l’étiquette soit un pont, un pont vers l’infini de l’autre.

Aujourd’hui je m’interroge sur ce besoin que nous avons de mettre des étiquettes sur l’autre ou sur soi-même, comme si c’était un moyen de nous rassurer. Mais de quoi avons-nous peur ? Marion cherche actuellement une étiquette et ne supporte pas que quelqu’un lui en mette une.

J’ai l’impression qu’en posant une étiquette sur quelqu’un, on le range dans une catégorie dont on peut établir des critères plus ou moins mesurables. Alors, que, si je ne pose pas d’étiquette sur la personne avec qui je rentre en relation (de près ou de loin), j’ai le choix de me fermer et donc ne pas rencontrer l’autre, ou de m’ouvrir à l’inconnu de l’autre.

M’ouvrir est à la fois passionnant et effrayant : à quoi je m’expose en m’ouvrant à l’autre ?

C’est ce que l’enfant amène à la naissance et c’est ce qu’il exprime encore plus fort à l’adolescence. A la naissance il espère être accueilli inconditionnellement donc pour qui il est même si on ne sait pas qui c’est. A l’adolescence, il cherche à être reconnu pour qui il est et en même temps il fait tout pour appartenir à un groupe donc à se mettre une étiquette. Comme si cette étiquette le protégeait.

Mais, si on regarde en arrière, n’a-t-on pas tendance, dès tout petit à lui mettre une étiquette ? Il est capricieux, il est sage, il est hypersensible, il est différent, c’est un petit génie … et j’en passe !

Je réalise que je n’ai jamais compris les étiquettes, j’ai toujours été attirée par l’individu qui était derrière même si parfois le monde que je rencontre est incompréhensible. J’ai trouvé des chemins pour que l’autre puisse me conter son monde… Et c’est Marion qui m’y amène.

Même si c’est ma fille, son monde est tellement surprenant pour moi, tellement différent du mien que je suis obligée, pour garder le contact, de mettre de côté les croyances rassurantes de mon monde et de m’ouvrir à d’autres possibles. En créant un espace de non jugement où seule la curiosité est de mise, j’arrive à ouvrir une fenêtre sur son monde. Je me rends compte que je la découvre alors, bien au-delà des apparences. Et elle aime me faire découvrir son monde… qui, à ce moment-là n’a pas besoin d’étiquette.

L’autre soir, Marion est venue me chercher pour m’amener dans un coin du jardin qu’elle aime beaucoup. C’était le coucher du soleil. Elle m’a demandé de m’asseoir et d’écouter en silence… Tout doucement, elle m’a partagé les sons qu’elle entendait (un chien au loin, la chouette, le vent dans un arbre…). J’étais émue au larme, car nous étions arrivées, au-delà de nos différences, dans un espace que nous avions en commun.

Tant que je la voyais si différente de moi, je me heurtais à ses différences et la distance entre nous ne faisait que croître; en allant à la rencontre de ce qui fait toute sa spécificité, j’ai retrouver des graines que j’avais semées et qui avaient fleuries.

Mettre une étiquette à l’autre ou à soi-même est comme une armure qui protège… et en même temps elle empêche de ressentir, elle nous coupe de ce qui est vivant, autant chez nous que chez l’autre.

Alors que l’étiquette ferme une porte, j’aimerai qu’elle soit un pont, un pont vers l’infini de l’autre. Et je suis persuadée, qu’un jour les étiquettes tomberont d’elles-mêmes comme les feuilles à l’automne. C’est que nous serons parvenu chacun à nous reconnaître nous-même dans notre unicité.

Belles réflexions à vous !

Manouella

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