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Devenir mère

Lettre-manouella2
09 Avr 2014

Devenir mère

Par Maïtie Trélaün dans Manouella

Alors que Manouella avait l’impression d’avoir à éduquer ses enfants, elle réalise que c’est eux qui l’éduquent et qui lui enseignent son nouveau métier de mère. Mais comment s’autoriser ce changement de statut et de rythme dans une société qui ne le reconnaît pas ?

 

 

 

Saint Paul de Vence
Le 9 avril 2014

 

 

Bonjour mes chères aimées

 

 

Quelle heureuse nouvelle Camille ! Mon cœur saute de joie quand je pense à vous deux… à toi aussi Noémie, mais c’est différent !

 

La grossesse est pour moi une profonde ouverture vers soi dont nous ne savons pas jusqu’où cela nous mènera. Au cours de ce voyage notre enfant sculpte en nous la mère dont il a besoin.

Tu viens d’être embauchée à temps plein par l’univers pour accompagner la création d’un nouvel être

Je suis impressionnée comme mes enfants m’ont, chacun à leur manière, préparée à ce que j’allais vivre après, comme s’ils me faisaient monter une marche pour être sûre que je sois là au moment où ils en auront besoin. Par exemple, j’ai toujours redouté l’adolescence. Or en célébrant les 10 ans de Leila, j’ai réalisé que je me sentais prête à l’accompagner dans cette période de mutation qui s’amorçait : elle m’avait tellement fait avancer que je réalisais à quel point j’avais grandi. J’ai toujours eu la sensation de suivre un fil, le fil de chacun de mes enfants, comme si tu suivais la trace de ce soleil dans ton ventre Camille.

 

Un jour, j’ai réalisé qu’en étant mère, je me sentais responsable de la direction que je donnais à mes enfants, qu’il fallait que je les emmène sur un “bon” chemin. Cela me mettait la pression. Quand j’ai réussi à voir les choses différemment, j’ai eu l’impression que tout basculait : c’était le monde à l’envers. En fait, c’est eux qui m’ouvraient un chemin. Ils ont commencé dans mon corps (en appuyant sur mes résistances dés le début de la grossesse), puis dans mon cœur (en m’amenant à gérer mes peurs pour leur faire confiance), puis dans ma tête (en m’obligeant à revoir mes croyances et à prendre le risque de tâtonner dans l’inconnu).

 

Je ne suis en rien responsable du chemin qu’ils prennent. En revanche, j’ai la responsabilité de suivre le chemin qu’ils ouvrent en moi (parfois au marteau piqueur, je l’avoue) et qui me rapproche de moi, me rend plus authentique. Plus je vais vers moi, plus ils peuvent compter sur moi et s’appuyer sur mes acquis pour aller vers eux. Le plus flagrant a été à la puberté, surtout avec Marion (et ce n’est pas fini !). Je sens vraiment qu’elle me pousse à être pleinement Femme. Elle ne laisse rien passer. Et comme par hasard, cela arrive avec la ménopause. Ma fille, comme la vie sont aussi exigeantes l’une que l’autre envers moi.

 

Pourtant j’ai toujours eu le choix d’aller ou non vers moi. C’est ce que je sens également dans ce passage que je traverse, c’est comme si la vie me donnait encore une chance d’être moi. Je peux refuser, j’ai cette liberté là.

 

En revanche, si je faisais ce choix, il serait impératif pour moi que je le pose ouvertement à mes enfants pour qu’ils ne s’échinent pas à me sauver alors que j’ai baissé les bras. D’un autre côté, c’est inenvisageable pour moi de leur annoncer que je capitule… Or comme j’ai une puissante valeur de clarté, je ne peux pas non plus faire comme si de rien n’était, faire comme si je vivais mais sans me donner les moyens d’être vivante. Donc je me coince moi-même ! Comme j’ai un soucis d’honnêteté vis à vis de moi-même, la seule solution pour moi est d’avancer, de continuer, de persévérer. Cela a été salvateur lorsque je perdais courage, que j’avais l’impression qu’il n’y avait pas d’issue et que je ne voyais pas le bout du tunnel. Je suivais alors ce fil en moi, qui m’emmenait vers des endroits où je ne serais jamais allée sans cela. C’était tellement précieux ce que je découvrais de moi. C’est ce qui m’a appris tout doucement à revenir vers moi, à moins passer en force, à amener de la fluidité dans mon système… En fait ce sont mes enfants qui m’apprennent à vivre. Et bizarrement, plus je me sens vivante, plus ils sont autonomes… et moi aussi, je crois !

 

Donc tu vois Camille, tu t’es engagée sur un fabuleux océan de remises en question. Je dis océan, car rien n’y est acquis, tout bouge, tout change. Ce qui fonctionne un jour, n’est pas valable le lendemain; ce qui marche pour l’un, ne marche pas pour l’autre; dès que tu as retourné quelque chose en toi, tu te retrouves face à autre chose… Le seul repère c’est ce qui vit en toi… et pour l’instant, comme par magie : tu as un bébé minuscule qui vit en toi. Donc il te familiarise avec cette sensation de vie à l’intérieur de toi comme s’il réveillait tes cellules de l’intérieur.

 

Et souvent, il commence par faire le grand ménage de printemps : c’est toute la bousculade des premiers mois de grossesse qui met en branle nos grands idéaux face à la grossesse, à l’enfant, à notre couple père-mère… Il nous oblige à tourner le regard vers l’intérieur. Durant cette période il nous amène à nous adapter à de nouvelles données internes au risque que l’on ne puisse plus vivre au rythme imposé par la société. N’hésite pas à être égoïste et à demander un arrêt de travail pour écouter ton besoin d’hibernation. Tu viens d’être embauchée à temps plein par l’univers pour accompagner la création d’un nouvel être… Le cumul de mandat n’est pas toujours possible. Cela nous apprend à accueillir nos limites et à poser nos priorités. Tu as toute ta vie pour travailler, tu as quelques mois pour porter cet enfant dans ton ventre… C’est si peu quelques mois ! Alors, si tu en ressens le besoin, si tu sens que c’est lourd pour toi de te lever le matin pour aller bosser et que tu ne peux pas adapter ton rythme de travail à ton rythme de femme enceinte “en rodage”, alors fais-toi arrêter. Plus tu le fais tôt, plus facile sera l’adaptation et mieux tu pourras de nouveau te tourner vers l’extérieur et retrouver ton travail si cela te fait plaisir. C’est le conseil de “sage” que je te donne… après fait ce que tu sens, car des conseils tu en auras pleins. Inspires-toi de la fable du “Meunier, son fils et l’âne“.

 

Je vous embrasse tendrement

 

 Manouella

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