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Accoucher avec ou sans péridurale ?

Lettre-manouella
03 Sep 2014

Accoucher avec ou sans péridurale ?

Par Maïtie Trélaün dans Manouella

Aujourd’hui, la péridurale permet que bien des femmes ne se posent pas la question du sens de la douleur et du sens de l’accouchement. Elle permet de ne plus souffrir, de ne plus subir ce passage… Pourquoi ne permettrait-elle pas, au contraire, d’expérimenter d’accoucher simplement et de découvrir qu’il est possible de s’en passer ? De quoi la femme a-t-elle besoin pour cela ?

St Paul de Vence,
le 3 septembre 2014

Bonjour belles demoiselles,

Vous me touchez par vos perceptions, vos réflexions, vos questions… J’étais si loin de tout cela à votre âge. Quelle simplicité Noémie, dans ta description de cette tristesse qui respire au fond de moi et a bercé bien des années de ma vie sans que j’ose la nommer. Tu me fais prendre conscience qu’elle est simplement humaine et qu’elle ne peut donc pas me faire sombrer… Seule ma peur de cet état en a la capacité.

Tu n’as rien à perdre et tant à gagner… alors ose !

Camille, j’ai envie de te partager ce qui me passionne et a quoi j’ai consacré ma vie : l’accouchement. Je comprends que cela puisse t’inquiéter car c’est vraiment un passage hors du commun… et pourtant tellement précieux pour la femme.
Lorsque tu accueilles un enfant, tu accueilles la vie presque à l’état pur. Ce contact privilégié et on ne peut plus intime avec cette énergie de Vie met en évidence tes peurs, tes croyances, tes résistances… tous les endroits où tu doutes de toi, où tu te renies… La conception, la grossesse t’amènent à lâcher tes repères en douceur pour adopter d’autres modes de faire et gagner en fluidité. L’accouchement va juste accentuer ce processus.
Il t’est demandé de t’ouvrir pour laisser passer l’enfant, d’ouvrir des espaces de toi que tu n’as jamais ouverts ainsi, que parfois même, tu méconnais. Mais tu n’es pas seule dans cette aventure : la douleur te guide, elle est ton alliée le plus précieux. Tel un maître impitoyable et aimant, elle va t’indiquer les endroits de ton corps qui sont en résistances, les espaces de ton cœur qui doutent et ceux de ton mental qui cherchent à contrôler.
Tu n’as pas à te poser de questions du “pourquoi” de tes résistances… Il te suffit de leur ouvrir les bras comme si tu serrais sur ton cœur un enfant apeuré. Tu peux alors venir respirer dans la zone qui a mal, ouvrir la porte à la douleur, lui faire de la place autant que nécessaire… Elle ne vient pas te casser, te mutiler, te traumatiser… Elle vient juste raviver tes cellules pour leur donner un élan de jeunesse. Elle inonde ton corps de cette hormone “Ocytocine” qui est l’hormone de Vie, hormone de l’Amour, véritable élixir de jouvence. Imagine qu’elle rentre en toi comme une brassée de printemps et qu’elle envoie des pétales dans tous les coins sombres de ta maison intérieure… C’est une amie, tu n’as rien à lui cacher, tu peux tout lui montrer… même tes peurs : elle prend soin de toi. Elle ne t’amènera pas dans un endroit où tu ne peux pas aller : fais-lui confiance, elle te connais mieux que toi-même !
Elle te fait découvrir des espaces de toi que tu ignorais, une puissance insoupçonnée. Elle te montre que tu sais, que tu sais faire, que tu sais mettre au monde ce Petit d’Homme que tu protèges depuis des mois pour qu’il se crée loin du regard du monde, que tu sais être sa mère. Il te suffit de suivre ce que ton corps te dit, ce que tu sens même si ça ouvre sur l’inconnu et que tu as peur. C’est ça la vie, poser le pied dans le vide et sentir que la Terre te soutient, que le Ciel te porte, que tu leur es précieuse.
Ce n’est pas la Vie qui te malmène, ce n’est pas l’accouchement qui amène la douleur … ce sont tes résistances qui te font mal. Plus tu résistes et plus tu as mal, jusqu’à ce que tu lâches.
Aujourd’hui, la péridurale permet d’expérimenter d’accoucher sans. En effet, si tu ne parviens pas à trouver ta solution, tu peux à tout moment avoir recours à cette aide magique. Et si, par bonheur la sage-femme te dit que c’est trop tard, entends que tu as gagné. C’est qu’elle est intimement persuadée que tu es arrivée à la fin de ce passage et qu’elle te reconnait apte à parcourir les quelques mètres qui restent.
Si tu as une péridurale, ce n’est pas grave… Elle te montre ta limite, là où tu en es aujourd’hui. Ce que tu as fait, tu l’as fait et personne ne peux te l’enlever… pas même la péridurale. L’important c’est d’oser plonger, d’oser te lancer dans la rivière et d’aller dans le courant au risque de boire la tasse, au risque de ressortir en disant : “non, je ne suis pas encore prête à aller plus loin, donnez-moi une bouée”. Et avec la bouée, avec la péridurale, tu continues à nager dans le courant, tu continues à mettre au monde ton enfant.
Quelle que soit la manière dont l’accouchement se déroule, personne ne peut t’enlever le fait que tu mets au monde ton enfant… Il n’y a que toi qui peux démissionner de cette œuvre et la laisser entre les mains d’autres personnes.
Quel que soit ton choix, dis-toi qu’il est juste et vas pleinement dans sa direction. Le choix n’a pas d’importance, c’est ta capacité à y aller pleinement, à y adhérer qui compte. Tu n’as rien à décider avant ; laisses au choix la liberté de l’instant en ouvrant simplement l’éventail des possibles…
Tu n’as rien à perdre et tant à gagner… alors ose ! Tu es plus grande que tu ne penses !
Tu as encore le temps pour t’ouvrir à ce que tu sens et laisser venir cet événement.
Comme tu peux t’en rendre compte, je suis intarissable sur le sujet…
Je vous embrasse

Manouella

  • patricia 17 septembre 2014 at 10 h 21 min / Répondre

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce que dit ce texte. Beaucoup de femmes pensent que la péridurale enlève la douleur or en écoutant celles qui sont passées par là, on s’aperçoit qu’elles sont nombreuses à avoir beaucoup souffert avec la péridurale en étant persuadée d’ailleurs, que sans, ça aurait été pire !
    Et je ne dirais pas que la douleur nous guide, non, vous le dites, la douleur, ce sont les résistances. Si on écoute le corps, si on lui fait confiance, si on le laisse faire, tout se passe en douceur, sans douleur, avec des sensations fortes parfois. Il faut écouter ses sensations, les contractions du corps, le souffle et l’aider, se laisser guider pour savoir quoi faire, comment se positionner, comment respirer, etc Ce sont les sensations, cette écoute qui nous guident pas la douleur, pas tout à fait car si elle est là, on n’est pas dans l’écoute, on est dans la résistance, dans la peur

    • Maitie 18 septembre 2014 at 10 h 40 min / Répondre

      Je suis entièrement d’accord avec vous sur le fond. La péridurale a souvent permis d’accoucher sans douleur mais rarement sans souffrance. Mais là encore tout va dépendre de pourquoi on la demande :
      – si c’est pour ne pas avoir mal… elle ne répondra pas à cette attente.
      – si c’est pour avoir un coup de pouce parce qu’on n’y arrive plus … elle peut répondre à cela
      Mais comme toujours, l’accouchement quelle que soit la manière dont il se déroule parle de notre relation à nous-même et à la vie. Il pointe nos résistances, nos peurs que l’on fasse appel à la médicalisation ou non.
      Je suis effectivement persuadée que l’accouchement sans douleur est possible et qu’il va se généraliser petit à petit , non pas parce qu’on a supprimé ou endormi la douleur mais simplement parce qu’on l’a rendue inutile par la conscience que l’on a de notre corps et l’écoute de ses sensations. Mais aujourd’hui, pour la majorité des femmes, c’est encore la douleur qui permet d’écouter le corps même si ce n’est qu’un signal qui ne fait pas obligatoirement souffrir.
      Je vous remercie de votre apport qui est précieux pour les femmes.

  • Delphine 17 septembre 2014 at 14 h 07 min / Répondre

    Merci beaucoup pour ce très beau texte qui me semble formidable. J’apprécie beaucoup cette explication de la douleur que j’ai rarement lue aussi bien décrite.

    • Maitie 18 septembre 2014 at 10 h 33 min / Répondre

      Si tu as envie d’aller plus loin dans cette réflexion tu peux lire mon livre “J’accouche bientôt que faire de la douleur” qui apporte énormément d’élément sur la douleur que ce soit celle de l’accouchement ou les autres. Bien des femmes qui ont accouché il y a longtemps ou même qui n’ont jamais accouché me dise à quel point ce livre leur a été précieux et leur a permis d’avancer bien au-delà de la simple période de l’accouchement.
      Je suis contente que ces mots te parlent.

  • claire 4 octobre 2014 at 21 h 42 min / Répondre

    J’ai vécu l’expérience tellement forte et puissante de l’accouchement sans péridurale où tout s’est déroulé sans “grain de sable”, où j’ai lâché prise, plongé, me suis laissée emporter/guider par mon corps, et ai découvert…. Une expérience qui apprend tellement sur soi, sur “être femme”, sur l’instinct, sur la vie. De façon différente mais complémentaire je trouve aux autres expériences où l’on se frotte concrètement à l’essence de la vie (certains orgasmes, deuil de personnes très proches…).
    Avoir vécu cet accouchement, être prête et avoir envie de revivre et expérimenter à nouveau tout cela au fond de ses tripes, de son corps charnel… Et puis surprise de la vie : une seconde grossesse où 2 petits êtres se sont invitées en même temps. Donc champ des possibles qui se réduit, prévision d’accouchement (très) médicalisé. Tant d’interrogations, dure acceptation, impression de ne pas avoir le choix… Comment transformer l’appréhension, la crainte de se faire voler ce moment? Comment trouver la sécurité dans ce contexte? Se dire que ce ne sera sûrement pas l’accouchement rêvé mais tenter de transformer cela en naissance respectueuses pour les 2 petites filles qui vont voir le jour?

    • Maitie 8 octobre 2014 at 4 h 07 min / Répondre

      Tu es riche de ta première expérience. Le seul moyen de ne pas de faire voler cet accouchement et d’y être pleinement présente quel que soit la manière dont il se déroule. Vois quelle liberté tu as ; détermine ce qui est essentiel pour toi de préserver… S’il n’y avait qu’un point, ce serait quoi ? Tu peux être actrice même d’une césarienne, du moment que tu vas pleinement avec ce qui se passe même si ce n’est pas ce que tu souhaites. Si tu résistes, si tu te contentes d’accepter… une part de toi se soumet et n’y va pas… Tu as donc l’impression qu’on te prend ce moment. Lis l’article suivant pour avoir d’autres éléments http://www.la-voie-du-couple.com/pourquoi-accueillir-linacceptable/ . Tu as tout autant à apprendre de cette expérience que de ton premier accouchement. Si tu as besoin de plus, contacte moi.

  • claire 26 février 2015 at 22 h 39 min / Répondre

    Et bien voilà! C’est fait!!
    Mes 2 petites filles vont bientôt avoir 4 mois.
    Tu avais raison, j’ai tout autant appris de cette riche expérience que de la naissance de mon grand!
    Ta réponse à mon message ci-dessus m’a beaucoup aidée tout au long de cet accouchement qui fut à l’extrême opposé de la naissance de mon grand garçon : VB sous péridurale pour ma première jumelle, puis césarienne code rouge pour ma deuxième jumelle après échec de grande extraction, puis hémorragie du post partum pour moi. Je n’ai pu prendre dans les bras ma 2ème fille qu’au bout de 24h.
    Et malgré ce déroulement, je n’ai pas eu l’impression qu’on m’ait volé quoi que ce soit.
    Etre dans l’accueil de ce qui arrivait et être pleinement présente malgré la médicalisation puis la peur de perdre ma fille puis la peur de mourir, ont été 2 outils que tu m’as donnés et qui m’ont énormément apporté.
    Et qui m’ont permis de pouvoir être dans l’accueil physique, psychique, émotionnel et sacré de mes petites filles.
    Ces deux petites filles qui ont été conçues il y a près d’un an, juste après l’harmonisation de printemps à Chevinay.
    Donc la boucle est bouclée! Un grand merci Maïtie!

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