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Le virage vers l’accouchement

Lettre-camille2
29 Oct 2014

Le virage vers l’accouchement

Par Maïtie Trélaün dans Camille

L’entrée dans le neuvième mois de la grossesse amène un changement considérable chez la femme : sa vie va changer d’un instant à l’autre. Elle va vivre, en un temps record, la plus grande métamorphose qu’il soit donné à un être humain de vivre en dehors de sa mort et de sa naissance. La femme ouvre les portes à la vie et se place en apesanteur.

Lyon,
le 29 octobre 2014

Hy

Je me rends compte que je suis complètement déconnectée du monde en te lisant Noé. J’ai plus envie de tout cela, j’ai plus envie de la violence, de la souffrance, de la haine, de l’artifice … J’ai soif de beau, de vrai, de simple, d’amour… de vivant quoi !

J’ai perdu les secondes, mon corps donne le tempo

Je suis devenue hypersensible à tout ce qui est mort, comme si j’étais allergique. Quand je me balade dans la rue, j’ai l’impression que les gens sont creux, qu’ils sont vides. Ils courent et ils regardent pas la vie autour d’eux : ils ont oublié la vie.
Samedi, on est allé voir des copains. J’étais hyper heureuse car ça fait un bail que je les ai pas vu. Bon sang, la baffe quand je les ai vu : c’était kitch ! C’est comme s’ils cherchaient à coller à des personnages. On aurait pu marquer en dessous : “vu à la télé”. J’étais à mille lieues d’eux, dans un autre monde.
Quand on a marché pour trouver un resto, le soleil se couchait. Magnifique ! J’adore quand il y a le mariage de l’orange vif et du bleu presque criant. On dirait que ça peut pas aller ensemble et pourtant c’est d’une beauté… j’ai pas de mots, y sont trop petits pour parler d’un truc aussi maousse. J’ai été la seule à savourer le spectacle. On était comme baigné dedans et personne a levé les yeux. Tout le monde papotait, racontait des niaiseries.
Seb trouve que je suis trop dure. Mais c’est plus fort que moi. Je juge pas, je suis perplexe. Je sais pas si c’est parce que le compte à rebours a commencé pour mon horloge interne. J’ai l’impression d’être en suspend comme si je pouvais rien poser dans l’avenir. Devant moi c’est un grand point d’interrogation. Je suis pas inquiète, je suis ouverte : mon accouchement est là… il se prépare à me surprendre !
Je le sens bien parce que les contractions sont pas les mêmes, elles sont plus en bas dans les tissus et Tibaby me pèse. Il vient dans mes os… j’ai l’impression d’être une éléphante avec les pattes écartées. J’aurai jamais pensé que le corps pouvait se transformer comme cela, qu’il était si extensible.
C’est marrant, j’ai l’impression que mon bébé m’extirpe du monde, comme s’il m’aspirait à l’intérieur. Mais je m’enferme pas. Au contraire j’ai l’impression d’être hyper ouverte, hyper connectée. Limite je suis flyée tellement je ressens tout. J’ai l’impression que l’Univers est dans mon corps, que mon corps est l’univers et que c’est lui qui va mettre au monde un être humain.
Qui je suis moi pour mettre au monde un nouveau petit être ? Je trouve ça dingue ! C’est une responsabilité pharaonique ! Alors c’est peut être plus simple à accepter que je ne sois que le passage de quelque chose qui me dépasse complètement. Et en même temps, il est là mon bébé, sous mes mains, dans mon ventre, dans les os de mon bassin. Il me remplit complètement. C’est comme s’il avait arrêté le temps pour que notre partage soit éternel.
J’ai perdu les secondes, mon corps donne le tempo avec ses contractions qui ne sont pas deux fois les mêmes. C’est ce qui me permet de savoir que je ne fais pas du sur place. J’ai hâte … et en même temps je suis pas pressée. J’ai pas peur ou plutôt, je n’ai plus peur. Les dés sont lancés. J’ai l’impression d’être dans les bras de million de femmes qui me soutiennent. Elles ont donné la vie et elles sont là, avec moi. Devant, y’a mon bébé qui me tire légèrement par la main. J’ai qu’à le suivre : il sait … C’est mon maître !
Qui sait comment je serai quand je reprendrai ce partage ?

Kiss, kiss tout doux

Cam

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