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Transmission de mère en fille

Lettre-camille3
27 Août 2014

Transmission de mère en fille

Par Maïtie Trélaün dans Camille

Pendant la grossesse, la femme enceinte a souvent besoin de se tourner vers sa mère pour connaître ce qu’elle a vécu. Pourtant, il est rare que les mères parlent simplement de ce qu’elles ont vécu en mettant au monde leur enfant. Voyons comment le vit Camille ?

A Lyon,
le 27 août 2014

Coucou les Misss

J‘suis trop belle avec mon ventre rond ! Et j’en prends soin. Ça me fait bizarre, parce que je faisais jamais ça avant. Je découvre à quel point c’est bon et doux. Je te rejoins tout à fait sur ce que tu dis Manoue, par contre, je sais pas si je pourrai continuer à le faire quand j’aurai mon môme. Je suis pas sûre que je prendrai le temps.

J’ai besoin qu’elle m’exprime les mots qu’elle retient pour me protéger

J’me pose vraiment des questions sur l’accouchement, même si c’est encore loin. Je sens une peur au fond de moi que j’arrive pas trop à faire taire. Ma sage-femme m’a conseillé 2 livres “J’accouche bientôt : que faire de la douleur” et “Vivre sa grossesse et son accouchement“. C’est vrai que chacun est une mine d’or et ça me renvoie à cette satanée question de la péri… J’ai vraiment l’impression que l’accouchement c’est un truc qui va s’emparer de moi et que je vais rien pouvoir contrôler. Et ça m’amuse pas du tout… parce que j’aime pas me laisser emporter, ne plus contrôler. Je sais pas ce que je pourrai faire ou dire, j’ai peur d’être horrible pour Seb ; j’ai peur de l’effrayer… J’m’imagine en furie. J’vais peut-être traumatiser mon môme.
Et puis surtout, j’ai peur de pas y arriver, de trop souffrir, de pas m’en sortir. Le pire ce serait que je demande la péri parce que j’en peux plus et qu’on me dise que c’est trop tard pour me la faire. Du coup, ça me donne envie de la demander tout de suite… Et en même temps y’a un côté de moi qui est curieux, qui a envie de se lancer dans cette aventure…
J’ai questionné ma mère pour savoir comment j’étais née. Elle m’a simplement dit que ça c’était bien passé, que ça avait été plus facile que pour ma sœur Véro. Pour elle ça a duré 3 jours et elle s’est déchirée…
Sa réponse ne m’avance pas à grand ‘chose. J’aimerais savoir ce qu’elle a vécu, ce que ça lui a fait, ce qu’elle a éprouvé … Je m’en fou en fait de comment ça c’est passé : j’ai l’impression que c’est qu’un détail, que c’est pas ça qui est important, comme si c’était que la surface de l’eau. Je me souviens d’avoir fait de la plongée une fois : toute la beauté était sous la surface de la mer, dans cette profondeur mystérieuse que je ne soupçonnais pas en restant en haut.
J’ai la mauvaise impression que ma mère me montre que la surface, une surface par beau temps en plus. Comme si le mauvais temps ne devait pas exister. Pourtant, je sens que j’ai besoin de la profondeur, que j’ai besoin qu’elle me transmette quelque chose des femmes de ma lignée, qu’elle ouvre un passage vers ce qui l’anime, vers ce qui vit en elle. J’ai juste besoin qu’elle entrouve la façade de sa perfection pour me parler de son humanité. J’ai besoin de savoir qu’elle a eu peur, qu’elle a douté, qu’elle a cru qu’elle en serait incapable ; j’ai besoin qu’elle mette des mots sur sa vulnérabilité et qu’elle m’en montre le cœur, tout simplement. J’ai l’impression qu’ainsi je pourrais mettre au monde mon enfant même si je doute, même si j’ai peur. J’ai besoin qu’elle m’exprime les mots qu’elle retient pour me protéger. Mais elle ne me protège pas ainsi, elle me donne pas les clés pour avancer.
J’ai juste l’impression qu’elle met la barre très haute, parce que, pour elle, “ça c’est bien passé”. Je me sens comme une moins que rien devant elle, avec mes questions. En plus, elle a clôturé avec cette phrase : “et puis toi, au moins, tu peux avoir la péridurale… de mon temps, c’était pas possible : on devait faire face !”… Y’a juste aucune ouverture vers elle… C’est une forteresse et j’aimerai qu’elle s’ouvre pour voir le soleil. Mais je ne sais pas comment l’amener à s’ouvrir. Ça me rend triste ! Je sais pas si ça fait partie de cette tristesse dont tu parles Noémie. J’ai l’impression qu’elle se perd, ma mère, et que je la perds en même temps. Pourtant maintenant que j’attends un enfant, j’ai besoin de la sentir derrière moi, soutenante, accueillante. A la place de cela, c’est comme si elle se tenait devant moi et qu’elle attendait que je la secoue pour qu’elle bouge et dégage mon chemin. J’espère que je serai pas comme ça en étant maman à mon tour. 

Dites-moi, je suis un monstre de voir ma mère comme ça, comme si elle m’encombrait ?

J’ai hâte de vous lire.

Kiss

Camille

  • Geraldine 4 septembre 2014 at 9 h 20 min / Répondre

    Il esr clair que savoir comment on est venue au monde est important lorsque l on est sur le point de vivre cette experience pour la premiere fois… Ma mere ne se souvenait de pas grand chose et c est en lisant les livres de Maitie que j ai pu trouver les ressources en moi pour y arriver. Pour ne pas oublier et pour pouvoir repondre aux questions de chacun de mes enfants j ai écrit leur naissance et je les ai precieusement mis dans leur petite boite de premiere année… Ca m’a vraiment manqué alors je voulais qu’ils aient quelque chose! Apres je pense qu il y a un moment où il faut désacraliser sa propre mère pour en devenir une! Rien n est anormal…

  • AGNES Viviane 16 octobre 2014 at 13 h 35 min / Répondre

    Bonjour :),
    étant en “reconnexion” avec ma mère, après des années de lutte/rébellion et de blessures ouvertes partagées, on a fait l’effort toutes les deux de revenir l’une vers l’autre pour faire évoluer notre relation, et ça a marché : beaucoup de choses ont été dite, notamment par moi, qui blessent, certes, mais qui se sont libérées aussi, et ce non dans l’intention de “faire payer” mais simplement de faire comprendre.

    Ceci dit, la femme qui m’a mise au monde est bien loin de mes valeurs, de mon ressenti, et encore à l’heure actuelle je me heurte à ces valeurs d’un patriarcat déclinant qu’elle a intégré au plus haut degré et qui ne cesse de provoquer de la douleur, douleur que je parviens à ne plus prendre, à considérer comme son expérience et sa vision à ELLE, et pas nécessaire la mienne, non, pas la mienne décidément ^^.
    Je crois qu’en tant que femmes s’éveillant à leur nature sacrée et dans un monde en plein changement, nous sommes, en fait, celles qui peuvent transcender nos héritages pour littéralement construire notre réalité, positivement, empathiquement, sans reprocher ni attendre quoi que ce soit de nos mères, grands-mères, belle-mères, soeurs, en étant tout simplement nous-même et en expliquant simplement comment cette façon de vivre nous rend véritablement heureuse et sur notre bon chemin.

    Plus on attend quelque chose de quelqu’un, et moins on l’a ^^… Plutôt de se focaliser sur le manque, pourquoi ne pas se focaliser sur notre part créatrice ?
    Si nous voulons faire autrement, doit-on recevoir les enseignements, vécus et préceptes d’une époque en déclin ou justement revenir à l’humain et au sacré en nous, en notre mère ?
    Pour nos enfants à venir, je dirais qu’il est plus harmonieux de nous faire confiance, de suivre notre cœur et d’être patiente : le changement ne se fait pas d’un claquement de doigt, surtout si c’est le principe de toute une vie qui doit être remise en cause ! Et si, pour changer, NOUS étions les modèles de nos parents ?
    Je crois vraiment que ce sont les plus jeunes, les enfants et ceux encore à venir qui vont nous faire évoluer et progresser humainement, tandis que les plus âgées prendront le temps de s’adapter, à leur rythme, s’ils le souhaitent, à ces transformations.

    En tout cas, Camille, je crois sincèrement que tu as déjà toutes les clefs pour mettre au monde ton enfant de manière harmonieuse, je suis de tout cœur avec toi et chaque expérience féminine est bonne à entendre pour enrichir nos horizons ^^… ! Il faut se focaliser sur le positif, laisser couleur, laisser notre corps nous guider et l’écouter, car je pense sincèrement aussi que lorsqu’on accouche, c’est bien LUI qui gère et nous qui l’écoutons, il ne s’agit pas de maîtrise du corps mais de vécu, et si on lui fait confiance et qu’on croit sincèrement que tout se passera bien, pourquoi s’en faire ^^ ?
    Le contrôle est sur-évalué ^^ !!

    Bisous à toutes ^^

    • Maitie 23 octobre 2014 at 13 h 06 min / Répondre

      Merci de ton témoignage et de ton soutien. Je suis persuadée aussi que l’enfant éclaire notre chemin. Pourtant je sens aussi toute la richesse de ce que mes ancêtres ont déposée dans mes racines même si je n’en vois souvent que ce qui me heurte et me limite. Par ces contraintes ils m’encouragent à aller explorer du nouveau, de l’inconnu.
      Merci à toi

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