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Et s’il était trisomique …

Lettre-camille2
14 Mai 2014

Et s’il était trisomique …

Par Maïtie Trélaün dans Camille

L’avancée de la technologie nous permet aujourd’hui de déceler de plus en plus tôt des pathologies et malformations pendant la grossesse. Cela nous amène à déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Le nombre d’ITG augmente … mais qu’est-ce que cela entraîne ? Camille nous fait part de son cheminement intérieur.

 

 

Lyon,
le 14 mai 2014

 

Salut à vous, les filles !

 

Je sais pas si j’ai bien prévenu, si j’ai bien fait … mais j’ai passé mon écho et c’était génial ! C’est incroyable, je pensais pas que c’était déjà un bébé avec tout ce qu’il faut, un bébé fini mais en miniature. C’est impressionnant ! Par contre, j’ai trouvé frustrant de le voir sauter dans tous les sens alors que je sentais rien. C’est incohérent pour moi … c’est comme si je m’introduisais dans un espace étranger ! J’étais mal à l’aise, en fait… un peu comme un voyeur. J’ai eu l’impression de surprendre mon bébé dans son intimité et je ne sais pas si j’en ai le droit.

 

S’il était important de le voir avant sa naissance, mon ventre serait transparent !

J’ai grandi depuis cette échographie, déjà parce que cela m’a permis de concrétiser la grossesse et surtout parce que l’échographe m’a bousculée. C’est comme si elle m’amenait à sortir d’un état brumeux et à me camper sur mes deux pieds. Elle m’a affirmé que la conception était du 8/03. C’est juste pas possible parce que Seb était absent pendant 15 jours juste après notre fameux week-end en amoureux, donc à partir du 3. Mais la toubib n’a rien voulu savoir. Je m’en fous, c’est pas les autres qui vont me dire quand j’ai conçu mon bébé : je le sais ! Par contre je ne sais pas ce qui va se passer avec ce décalage.

 

Je trouve fou comme le corps médical a tendance à m’infantiliser : je me sens comme une petite fille dont la parole n’a pas d’importance et qui ne sait pas comment vivre la grossesse. On me sourit comme s’il ne fallait pas me contrarier, mais ils n’en font qu’à leur tête en utilisant des mots que je ne comprends pas. C’est comme s’ils avaient dans leurs mains la pluie et le beau temps ou même la vie et la mort et que moi j’avais rien.

 

Il faut que je fasse une prise de sang pour voir si mon bébé n’est pas trisomique. Pourtant tout est normal à l’échographie … pourtant je ne suis pas une personne à risque … pourtant je n’ai pas envie de savoir …

Ma copine Véro a eu à choisir d’interrompre ou non sa grossesse parce que son bébé était trisomique. Pour le corps médical, c’était inconcevable qu’elle le garde car elle le faisait payer à la société ; elle avait l’impression d’être un monstre égoïste et irresponsable… Elle a baissé la tête et a accepté qu’on arrête la grossesse. Aujourd’hui, elle culpabilise à mort et elle n’ose plus avoir un bébé … elle n’ose plus relever la tête et se regarder en face car elle se sent responsable de la mort de son bébé : elle se considère comme une criminelle aux yeux de la vie.

Je ne veux pas avoir à prendre cette décision. Je sens au plus profond de moi que le bébé que je porte et que j’attends depuis si longtemps… c’est mon bébé. Non pas qu’il est à moi, mais qu’il est pour moi ; il est celui que j’ai à accueillir, à mettre au monde, à nourrir, à accompagner vers la vie… Peu importe qui il est.

Il est là aussi pour me permettre d’avancer et de grandir, quels que soient ses outils. S’il est trisomique, c’est effroyable pour moi et pourtant, je sens qu’il m’apporte avec ça un soleil. C’est comme dans le film “le 8ème jour“: Georges change la vie de Harry. J’ai même l’impression qu’il le ramène à la vie. Ce bébé a déjà commencé à me ramener vers la vie.

Je n’ai pas à juger celui que je porte mais à l’accueillir. Et, même si cela semble fou, je sais au fond de moi qu’il n’est pas trisomique et, s’il l’était, il m’apprendra à cheminer avec lui. Du coup, je ne vais pas faire la prise de sang parce que je n’ai pas envie de savoir. Et je ne suis pas irresponsable mais peut-être pleinement responsable.

Je ne sais pas pourquoi c’est important pour moi que ce bébé soit simplement un bébé jusqu’à ce que je le voie. Je n’ai pas envie de lui mettre d’étiquette avant. J’ai envie de l’attendre en laissant ouvert tous les possibles. S’il était important de le voir avant sa naissance, mon ventre serait transparent !

Cette part de mystère qui enveloppe sa présence, me permet vraiment de l’accueillir sans condition. Je sens que ça ouvre un espace nouveau dans mon cœur, un espace que je ne peux pas contrôler, que je ne peux pas mettre dans une case. Et, même si ça m’affole, ça me donne du poids. C’est ça qui me permet d’être bien campée sur mes deux pieds. Je porte mon enfant et en même temps je le protège : j’en suis responsable ! Et personne ne peut me dire ce que j’ai à faire pour lui … c’est à moi de le trouver même si je ne sais pas comment.

Ça change plein de choses dans ma relation à Seb et aux autres, parce que j’ai l’impression d’être plus vraie. J’aurais jamais imaginé que le fait d’être enceinte allait me bousculer aussi profondément en accélérant mon développement personnel. Et mon bébé n’a que deux mois !

 

Noémie, j’ai du mal à te répondre car je suis plus du tout là-dedans et pourtant j’ai l’impression que je viens de sortir d’une période brumeuse comme ce que tu décris. J’ai l’impression qu’elle m’a aidée à trouver mon cap. Laisse-toi coulée dedans sans crainte !

 

Bises

Camille

 

 

  • laia 27 mai 2014 at 22 h 06 min / Répondre

    un énorme merci pour cet article ! lors de ma grossesse, quand on m’a proposé de faire cette prise de sang j’ai fait la même réflexion que vous et j’ai refusé. jusqu’au jour de la naissance le corps médical a continué de me demander pourquoi –on m’a même dit qu’on n’avait jamais vu ça. j’ai toujours répondu que je voulais vivre et profiter de ma grossesse depuis la confiance et que j’allais accueillir et aimer mon enfant “no matter what”. évidemment, il est né en toute santé. merci encore

    • Maitie 28 mai 2014 at 21 h 58 min / Répondre

      Merci de votre témoignage . C’est important d’en parler afin que d’autres femmes s’autorisent aussi à s’exprimer.
      Bien à vous.

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