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Ma traversée de l’accouchement

Lettre-camille3
04 Jan 2015

Ma traversée de l’accouchement

Par Maïtie Trélaün dans Camille

L’accouchement est une aventure unique. Lorsque la femme s’y lance, elle ne sait pas ce qui l’attend, ce qu’elle va rencontrer et comment elle va traverser. Ce qu’elle vit est comparable à une initiation quelle que soit la manière dont cela se passe.

Lyon,
le 25 décembre 2014

Hey les Miss

C‘est supra kifant pour moi de vous partager en ce jour puissant, l’histoire de la naissance de Merlin.

Ça a duré 10h, j’ai eu l’impression que c’était une éternité et en même temps une virgule

En fait, cette nuit-là, je suis allée me coucher … mais c’était pas comme tous les soirs… ça souriait en moi, dans mon ventre. Du coup j’ai joué un peu avec Babylou qui était juste là sous ma main… si proche et si loin à la fois.
Et je me suis endormie pleine de soleil.
Je me suis réveillée une bolée de sommeil plus tard. Je rêvais que j’étais en bord de mer et que je voyais une énorme vague arriver un peu comme dans le film Interstellar . En me réveillant, j’ai senti cette puissance à l’intérieur de moi, du coup j’ai hésité une fraction de seconde à me laisser submerger par la panique, je pouvais aussi mettre plein gaz pour m’extraire de ça et rejoindre le calme du ciel étoilé et au moment où j’allais le faire, j’ai aperçu une petite barque avec un enfant qui me faisait des grands signes. Je l’ai rejoins dans la barque. Tout ça est passé très vite comme un flash. Et je me suis rendormie comme si j’étais dans les bras de l’enfant, mais ce n’était plus un enfant, c’était un homme sans âge. Au début, j’aurais voulu que ce soit une femme et j’ai réalisé que c’était très doux que ce soit un homme qui veille sur moi.
Après, je ne savais pas bien si je dormais ou si j’étais réveillée : j’étais entre deux. Toujours avec ces vagues énormes et je m’accrochais à rester dans la barque. Je sentais la présence du vieux, paisible, sereine.
Seb dormait à côté, il se doutait de rien ; j’étais bien dans cette nuit bizarre, dans ce secret de ce que je vivais dans un autre monde. C’est comme si je pouvais passer d’un monde à l’autre, un peu comme dans Avatar. Et quand la vague arrivait, il fallait que je sois dans le monde de la vague avec la barque sinon c’était la panique, je pouvais rien faire que subir cette puissance en moi et j’avais l’impression qu’elle dévastait tout. J’étais impuissante. Alors que quand je rentrais dans le monde de la vague, je faisais corps avec elle.
Sans que je m’en rende compte, la barque c’était transformée en planche de surf. J’étais contre le Vieux, mais c’était plus un vieux, c’était un bel homme puissant avec une douceur infinie. Il m’a invitée à me mettre debout… et c’est ce que j’ai fait en vrai. Et j’ai surfé sur la vague; l’homme me rassurait, je sentais son corps qui collait au mouvement de la vague et j’allais avec. C’était hyper puissant dans mes jambes, dans mon bassin. Mon souffle était bruyant, des sons rauques sortaient de ma bouche sans que je maîtrise. Si bien que Seb s’est réveillé. “Mais qu’est-ce tu fous ?”
Il a eu pour toute réponse une démonstration de surf sur la méga vague qui arrivait. Il est resté ahuri sur le bord du lit. Puis tout c’est accéléré, je l’ai vu se lever, s’habiller, téléphoner et je sais pas quoi d’autre… c’était pas mon problème ! Moi, je devais pas lâcher ma planche de surf, ni le contact avec l’eau et avec cet homme qui me guidait.
C’est fou parce que je pouvais être à plein d’endroits à la fois : sur le surf contre l’Homme, dans ma chambre avec Seb qui s’activait et aussi très loin dans un espace où je pouvais tout voir et où je me voyais en train d’accoucher.
J’ai réalisé tout à coup que les vagues étaient dans un espace presque clos et qu’elles venaient lécher la paroi de ce qui semblait être une porte. J’ai trouvé que si, avec mon surf j’allais sur cette paroi, j’activais l’ouverture : ça permettait que ça respire. C’est devenu indispensable de faire ça car sinon je me sentais enfermée, prisonnière et cela devenait invivable. Alors que là, ça amenait de la lumière dedans.
J’ai réalisé que Mélanie, la sage-femme était arrivée. J’avais complètement perdu la notion du temps. J’ai senti quelque chose se durcir en moi à sa vue, un vent de panique… C’était une étrangère, même si je la connaissais, mais elle n’était pas dans le monde de la vague et je voulais pas qu’elle y pénètre. L’équilibre y était si fragile, le moindre mot, le moindre geste, la moindre odeur pouvait me faire chavirer.
Elle a du le sentir, car elle s’est tenue un temps à distance, sans bouger, comme pour m’apprivoiser. Je me suis détendue et je suis repartie dans mon monde. Quand la vague n’était pas là, je me laisser complètement aller dans les bras de l’Homme. J’ai réalisé après que Seb était venu se placer derrière moi et que je m’appuyais contre lui… Je ne sais pas depuis combien de temps. J’m’en foutais.
Mélanie a juste écouté le bébé. C’était marrant ce battement de tambour qui pulsait la vie. C’est comme s’il m’appelait de l’autre côté de la porte. J’ai entendu “On va rester là”. J’ai pas bien compris, mais tant pis… une vague arrivait, j’étais sur mon surf… Wouahhh quelle vague, elle en finissait pas… C’est comme si elle me projetait dans un puits de lumière. J’avais franchis la porte. J’ai hurlé ! Je pouvais pas, c’est comme si j’étais dans un grand huit ou pire dans Rock’n Roller Coaster à Disneyland .
J’étais partagée entre tout faire arrêter… je voulais plus… là c’était trop ! Déjà avec le surf c’était chaud… mais là j’étais seule, j’avais plus de surf … panic’land !!!
J’ai entendu un “C’est OK, tu peux y aller, on est là!” J’ai eu envie de les envoyer bouler. C’est si simple de dire “Vas-y” quand on doit pas y aller !
J’ai alors senti une poussée faramineuse dans mon ventre, mon bassin s’est écartelé, j’ai cru que j’allais éclater… et j’ai senti un truc qui arrivait dans mon sexe ! Mon bébé !
Ça m’a fait illico revenir là. J’ai ouvert des grands yeux, j’ai regardé Mélanie, Seb “Il est là ! … Il arrive !” Je pleurais, je riais, c’était le plus beau jour de ma vie. J’avais envie de le toucher, de le lècher, je l’aimais ce bébé… J’avais envie d’embrasser tout le monde. Mélanie aussi elle pleurait et elle riait et ça m’a fait du bien, elle était dans mon monde. Elle était là !
Waoouhhh ! Mais c’était pas fini ! Ça a poussé encore et là, j’étais tiraillée entre ce qui poussait et mon sexe qui éclatait ! Je me suis accrochée aux yeux de Mélanie comme à une bouée de sauvetage. Elle me disait “tout doux , tout doux, c’est super, ouvre, laisse faire…” C’était comme du miel qui coulait en moi. Du coup, j’ai respiré au fond de moi et j’ai laissé faire les spasmes de mon corps.
La puissance qui me traversait, était démesurée. J’étais une montagne, un volcan, je faisais corps avec la Terre et en même temps j’étais la galaxie. Tout mon corps s’ouvrait en un grand cri. J’avais l’impression d’enfanter du monde, d’être une femme sauvage, d’être la Déesse Mère, d’être Pachamama. Mon sexe s’est ouvert, mon cœur s’est ouvert, mon crâne s’est ouvert… J’ai tout donné, j’ai dis “OUI” à ce qui me traversait… et tout s’est vidé dans mon corps. D’un coup, j’ai eu l’impression que mes trippes se répandaient sur le sol. Et tout s’est arrêté, comme par miracle !
Je me suis agenouillée et je l’ai vu. Il était là, entre mes jambes. Il me regardait. C’était le même regard que cet Être sans âge. Je me suis sentie toute petite, toute nue devant lui. Et, il était là ! Je pouvais rien cacher, son regard me transperçait jusque dans mon cœur, jusque dans mon âme. Je l’ai touché du bout du doigt comme pour demander l’autorisation… Et j’ai senti que je pouvais le prendre dans mes bras.
C’était ça être maman ! J’étais tout d’un coup si jeune ! Seb était là, il m’a serrée dans ses bras. J’étais pas seule ! On regardait tous les deux ce tout petit être qui me semblait si grand et si fragile.
Tout d’un coup, j’ai réalisé… C’est un garçon ! “Bonjour Merlin !”
Je pensais pas que c’était ça accoucher. On me l’aurait dit avant, je crois que j’y serais jamais allée. Et puis là, j’ai l’impression qu’une page s’est tournée en moi, plus rien ne pourra être comme avant, j’ai fait un pas immense même si je sais pas bien encore de quoi il est fait. Je suis super fière de moi !
En plus, j’aurais jamais cru que je pourrais accoucher chez moi. Merci Merlin de m’avoir fait découvrir ça.
Ça a duré 10h, j’ai eu l’impression que c’était une éternité et en même temps une virgule. Magie du temps !

Bises à vous

Camille, the New One

  • Cat 23 janvier 2015 at 9 h 04 min / Répondre

    Quelle intensité… Moi qui suis phobique de l’accouchement, tu me fais découvrir le voyage vécu de intérieur. Merci pour ton partage. J’en pleure !

    • Maitie 23 janvier 2015 at 10 h 56 min / Répondre

      L’accouchement est comme la vie. On a la possibilité de la regarder de la berge en ayant peur que cela nous emporte, alors on s’accroche à la berge. On peut aussi se laisser emporter et faire corps avec… C’est ce qu’a choisi Camille.

  • patricia 26 janvier 2015 at 14 h 59 min / Répondre

    magnifique !!!!!

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