Un blog dédié aux femmes

Accoucher à domicile ou non ?

Lettre-camille
16 Sep 2014

Accoucher à domicile ou non ?

Par Maïtie Trélaün dans Camille

Au cours de la grossesse, la femme se pose la question du lieu de son accouchement évoquant parfois la possibilité de le faire à domicile. Quelles peurs, quelles croyances, quelles mémoires entachent cette possibilité ? Qu’est-ce qu’il se joue vraiment chez la femme lorsqu’elle choisit le lieu de la naissance de son enfant ?

Lyon
le 16 septembre 2014

Hé, les belles !

C‘est fou ce que tu racontes Noé, ça a l’air si simple à te lire ! Accoucher chez soi, c’est cohérent, c’est comme si l’accouchement quittait l’espace de la maladie pour prendre sa place dans l’ambiance familiale. Le bébé arrive chez lui, la femme n’a plus à déménager pendant qu’elle le met au monde. Y’a plus cette question de quand partir, cette peur d’accoucher avant ? C’est quelqu’un qui vient et qui valide que tout se passe bien : on peut alors rester dans un espace familier. Si ce n’est pas le cas, tout le monde migre vers un milieu hospitalier…

est-ce que je peux compter sur moi jusque-là ?

Et en même temps cela me fait très peur. J’ai l’impression d’être seule chez moi, loin de tout, exposée au moindre imprévu. Je sais pas, on raconte tellement d’horreur quand on parle d’accouchement. Tant de femmes sont mortes avant qu’on instaure la médicalisation. J’ai l’impression que ce serait faire un énorme pas en arrière… et pourtant je sais que c’est pas possible de revenir en arrière car tout évolue. Pourquoi elles mourraient, si ça peut être si simple ? Est-ce qu’on a quelque chose de plus aujourd’hui qui nous permettrait d’accoucher chez nous sans courir ce risque ?
L’hôpital ça me fait peur aussi, c’est inconnu, c’est froid, c’est impersonnel. Pour moi c’est austère et je me sens encore plus seule. J’ai l’impression d’entrer dans une toile d’araignée et que si j’appuie pas sur les bons fils, je risque d’être engloutie dans une machine infernale. A côté de Lyon, à Givors, il y a une petite maternité qui propose d’accoucher naturellement : elle est sympa… Mais, c’est quand même l’inconnu. J’ai l’impression que j’arriverai pas à me détendre là-bas, que je serai obligatoirement sur le qui-vive comme si n’importe qui pouvait débarquer à l’improviste. Accoucher c’est intime pour moi, c’est précieux ! J’ai pas envie de me montrer à tout le monde quand j’accouche, comme si j’invitais juste quelques privilégiés. Ils vont voir mon bébé peut-être avant moi. C’est les premières personnes avec qui ils sera en contact; il va découvrir le monde des hommes par leurs mains, leurs voix, leurs odeurs… Et pourtant, je me sens aussi en sécurité parce que ces gens peuvent intervenir si j’y arrive pas, si ça va pas. C’est comme si je pouvais me laisser porter voire même me laisser endormir… les gens prendront soin de mon bébé et de moi. Ils gèreront ! C’est simple aussi ! C’est simple, mais c’est triste… c’est comme si j’étais un peu morte en faisant ça.
Accoucher chez moi ça me demande une sacrée énergie… même peut-être que ça me la demande pas mais que ça me l’apporte. Je sens que c’est hyper puissant en moi. Cela m’oblige à compter sur moi, à avoir confiance en moi, à prendre ma part de responsabilité dans ce qui se passe, à être pleinement là. C’est ça qui me fait peur : est-ce que je peux compter sur moi jusque-là ? Alors que l’hôpital me permet de compter sur les autres si je veux. Du coup, si j’ai envie d’être pleinement actrice de mon accouchement, c’est plus simple que j’accouche chez moi. Et en même temps j’ai l’impression que j’ai pas le droit de me rater. Si je trouve pas le chemin y’a tout qui tombe à l’eau, tout s’écroule … Alors que si j’accouche à l’hôpital j’ai le temps de me faire à l’idée, comme si je me résignais sagement : c’est moins pire que si tout s’écroule.
Pourquoi c’est si difficile ? C’est comme si la femme elle savait plus mettre au monde son enfant, comme si elle avait perdu quelque chose en grandissant, en évoluant. Y’a pas toutes ces complications chez les animaux. Je sais bien qu’on est pas des animaux… mais c’est comme s’ils avaient gardé le contact avec quelque chose qu’on a perdu ou un espace dont on s’est coupé… peut-être justement pour se distinguer de l’animal.
Qu’est-ce que t’en pense Manoue… toi qui a accompagné tant de naissance, tu dois rire en me lisant ?

Bises à vous les miss

Camille

  • marie-do 16 septembre 2014 at 18 h 20 min / Répondre

    comme j’ai eu la chance d’accoucher chez moi et de vivre cette expérience dans l’intimité de mon “familier” ! comme je me sens reconnaissante envers la sage femme qui m’a accompagnée en s’engageant pleinement ! comme j’aimerais que d’autres femmes puissent vivre cette expérience si profonde, si intense !

    • Maitie 18 septembre 2014 at 10 h 50 min / Répondre

      Si tu veux je te propose d’écrire ton témoignage dans ce blog, je le mettrai dans les articles invités. Je t’invite pour cela à exprimer les chemins par les quels tu es passée pour y parvenir, ce que cela t’a apporté… et d’aller ainsi au-delà de la forme et des faits.

  • 17 septembre 2014 at 7 h 33 min / Répondre

    LA question, et elle n’est pas évidente hein?! Moi je le souhaitais, pour mes 2 grossesses mais pas mon compagnon… Faut dire qu’il vient d’un milieu dont les parents ont baigné dans les urgences pédiatriques et l’anesthesie réanimation… Alors pour lui pas question et comme je savais que pour arriver à accoucher naturellement j’aurai besoin de sa disponibilité j’ai accepté. Heureusement on habitait à côté d’une petite mater et puis on avait fait de l’hapto aussi… Bref ce qui est dur dans le cadre (in)hospitalier c’est que ce sont quand même des inconnus et puis qu’à un moment tu peux l’avoir la péri… Alors perso j’ai réussi à mener tout jusqu’au bout car les sages femmes étaient vraiment extra et puis il n’y avait pas de gyneco et pour le numéro 2 j’avais même préparé un retour hyper précoce à la maison avec un super suivi derrière (retour à J+0). Mais s’il devait y avoir un 3eme ca serait en maison de naissance ou à la maison car il y a quand même des choses que je n’ai pas super bien vécu… et rien ne vaut le cadre sécurisant de sa maison!

    • Maitie 18 septembre 2014 at 10 h 45 min / Répondre

      Merci de ton témoignage Géraldine.
      Comme tu le dis , la question n’est pas simple. L’accouchement en milieu hospitalier demande de faire des concessions. En revanche, ce qui est le plus précieux pour l’enfant c’est comment on vit tout cela, et comment on se respecte dans tout cela … même dans un cadre (in)hospitalier. Mon dernier ouvrage va bientôt voir le jour. Il s’adresse aux hommes ” Être présent en homme à la naissance”. J’appelle à ce qu’ils se positionnent pleinement en Gardien de ce passage. Je sais que cela va permettre de changer bien des choses.
      Bravo pour ce que tu as accompli

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