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Ce jour là, Stella a eu ses premières règles…

Stella NF extrait
08 Avr 2019

Ce jour là, Stella a eu ses premières règles…

Par Maïtie Trélaün dans Etre femme

L’arrivée des premières règles passe souvent sous silence, enveloppé de tabous, de craintes, de regrets, de désinvolture. Pourtant c’est un passage important pour une jeune fille : elle devient terre fertile, elle peut engendrer, elle rentre dans le cercle des femmes…

 

 

Célébrer les premières règles d’une jeune fille est un moment important et extrêmement délicat. Est-ce qu’on le fête pour elle ou pour nous ? Que souhaite-t-elle ? De quoi a besoin la mère pour célébrer, elle aussi, ce passage dans sa vie qui lui ouvre la possibilité d’être grand-mère ?

Je vous invite à vous poser ces questions avant de vous lancer dans cette célébration. Si c’est vous, en tant que mère, qui avez besoin de célébrer vos menstrues parce que personne ne vous y a accompagné, alors faites-le. Ensuite vous pourrez demander à votre fille ce dont elle a envie.

Stella et le cercle des femmes (extrait)

J’ai envie de vous partager un extrait de ce petit roman qui s’adresse autant aux jeunes filles qu’à toutes les femmes.

Mawani, la femme sage, parle à Stella qui vient célébrer l’arrivée de ses premières règles en rentrant dans un cercle de femmes.

” Comme toi, il y a 46 ans, je me suis réveillée un matin, comme tous les matins du monde. Je suis allée aux toilettes et, une tache rouge ornait le papier rose qui venait de m’essuyer. Mon cœur s’est arrêté de battre le temps d’un instant. Ce matin-là n’était plus comme tous les matins du monde. Il était différent car j’étais différente : cette tache m’affirmait que mon corps n’était plus celui d’une petite fille. Je venais de faire un bond en avant, je me sentais appartenir à une multitude : c’était la multitude des femmes, le cercle immense des Femmes Lune.

En allant au collège, je souriais, je pensais que tout le monde voyait que j’étais différente… Pourtant rien ne semblait avoir changé. Il y a juste Rex, le chien loup, couché comme chaque matin devant la porte de la Villa Rosa, qui m’a salué : il s’est levé, m’a flairée, a poussé un petit jappement et m’a regardée m’éloigner avec son regard espiègle. Merci Rex de m’avoir distinguée. En fait, c’était mon monde intérieur qui gardait le mystère de cette métamorphose bien caché dans mon jardin secret. Ce jour qui me semblait si important, que j’attendais et redoutais à la fois, était arrivé… et c’est comme si personne n’y prêtait attention. Ma mère m’avait juste embrassée un peu plus fort que d’habitude en poussant un soupir, sans rien dire. Je n’ai jamais su quand et comment mon père l’a appris. C’était tellement décalé avec ce qui se passait dans mon corps, dans ma tête, dans mon cœur. C’est comme si j’avais grandi sans que personne ne s’en rende compte, comme si j’étais devenue un papillon que personne ne voit. Pour eux, j’étais encore une chrysalide. C’est ce qui m’a amenée, des années plus tard à proposer aux jeunes filles ce que tu vas vivre ce soir. Allez, fêtons cet évènement à sa juste grandeur! »

Mawani prend la vieille théière en cuivre qui chante près du feu, approche un plateau sur lequel des petits verres attendent patiemment. Le silence accueille le chant du verre qui semble rire aux éclats en avalant la cascade de liquide parfumé. La femme sage les emplit un à un, répétant le même geste avec la régularité du maître du temps. Puis elle en prend un et le dépose devant la femme qui est à sa droite ; celle-ci le prend et le passe à celle qui est à sa droite, qui le prend est le passe à celle qui est à sa droite,… Une danse silencieuse, savamment orchestrée par un maître invisible, emporte les verres de mains en mains à la cadence d’un métronome. Si bien que lorsque le premier verre arrive à Stella, chaque femme a un verre, même Mawani qui place le plateau hors du cercle. Chacune prend son verre et boit une gorgée. La saveur douce s’épanouit en un bouquet fleuri dans le palais de Stella.

« Le thé des Femmes. Il contient la puissance de la racine du gingembre, la résistance de l’écorce de cannelle, la délicatesse des pétales de rose et d’angélique et le mystère de la graine de cumin. »

Stella boit à petites gorgées. Elle ne sait pas si elle doit tout boire ou pas, si elle peut reposer son verre ou pas. Elle attend et regarde autour d’elle. En fait, il ne semble pas y avoir de règle car chacune va à son rythme. Alors elle pose son verre devant elle. Une saveur épicée imprègne sa gorge, pleine de la rudesse du bois, de l’âcre de la tourbe. Stella aurait bien ajouté une larme de miel ! “

 

Un souvenir plaisant

Et vous, quel souvenir plaisant gardez-vous de l’arrivée de vos premières règles ?

Vous n’en trouvez aucun ? Vous ne cherchez pas là où il se trouve car vous êtes focalisée sur ce que vous n’avez pas eu, sur ce qui s’est mal passé… J’aurai pu tout aussi bien vous parler du silence de la mère de Stella qui rime avec absence, de sa maladresse ou de bien d’autres choses qu’elle a aussi vécues.

Je vous invite à changer de lunettes pour regarder votre vie, votre histoire autrement, comme si c’était un jeu : jouez à trouver un souvenir agréable dans tout ce que vous avez vécu, même s’il n’a duré qu’une fraction de seconde.

 

Pour aller plus loin

Livre : Stella et le cercle des femmes

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