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Accueillir l’arrivée des premières règles

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21 Fév 2014

Accueillir l’arrivée des premières règles

Par Maïtie Trélaün dans Etre femme

L’arrivée des premières règles chez une adolescente est source de bien des interrogations et sous-tend un véritable bouleversement, tant du côté des jeunes filles que de leurs mères.

“Ma fille va bientôt avoir ses règles. Que puis-je faire ? Comment l’accompagner dans cet événement ?”

 

Ce sont des demandes que je reçois de plus en plus régulièrement. Lorsque j’interroge ces femmes sur l’arrivée de leurs premières règles, les larmes affleurent ou parfois la colère ; le silence, la non-reconnaissance, la solitude, la honte, la culpabilité, la peur ont bien souvent été les compagnons de cet événement unique dans la vie d’une femme. Lourdes de leurs blessures, ces femmes appréhendent cette étape chez leurs filles.

Le meilleur moyen de l’accompagner est d’aller, vous-même, vers la Femme que vous êtes

Nous ne sommes plus à l’époque de nos mères : les règles sont moins taboues même si elles sont encore loin d’être accueillies à leur pleine valeur. Les adolescentes parlent beaucoup plus librement de cela entre elles et la publicité mentionne les protections classiques (même si le sang y est figuré en bleu). Il est donc rare de nos jours qu’une adolescente se trouve démunie devant le premier écoulement de sang. De quoi a-t-elle besoin à ce moment-là ? Qu’attend-elle de sa mère ? Le mieux est de le lui demander.

Les femmes confondent souvent la manière dont elles aimeraient célébrer cet événement et le besoin de leur fille. Toutes deux sont concernées de manière différente :

  • la mère voit sa fille la rejoindre dans la communauté des femmes en même temps que naît la possibilité, pour elle, de devenir grand-mère : la roue de la vie tourne.
  • la jeune fille quitte le monde de l’enfance pour cheminer vers celui de la femme avec tout ce que cela représente pour elle.


Autant la femme a besoin de célébrer cela avec d’autres femmes, autant la jeune fille préférera souvent qu’on l’accompagne dans le monde de l’intime avec délicatesse. En tant que mère, vous avez des clés à lui donner au moment de ce passage, en revanche laissez ouverts un espace dans lequel elle pourra poser des questions lorsque ce sera le moment pour elle. Ne la devancez pas car vous l’envahiriez. Le meilleur moyen de l’accompagner est d’aller, vous-même, vers la Femme que vous êtes, de lâcher vos croyances et de vous réaliser. 

Comment j’ai vécu ta naissance

Le processus qui se met en place s’apparente à celui de la naissance (en accueillant son cycle menstruel, la jeune fille quitte son monde d’avant, pour entrer dans un sas intermédiaire dont elle ressortira femme) : des éléments de sa venue au monde se rejouent inconsciemment.
C’est l’occasion pour sa mère de lui parler de la manière dont elle a vécu l’arrivée de son enfant (que ce soit la conception, la grossesse, l’accouchement ou la première année). Ce ne sont pas les faits qui importent ici, mais plutôt le vécu émotionnel de la mère, qui a imprégné sa fille. Ce sont souvent ces mêmes émotions qui peuvent submerger cette dernière sans qu’elle en comprenne le sens puisqu’elle n’en connaît pas l’origine. Sa mère, en posant des mots avec le plus d’authenticité possible, lui remet les clés de sa naissance.
Bien souvent, elles ont peur de nommer ce qu’elles ont ressenti lorsqu’elles l’ont mal vécu (abandon, violence, voire viol, irrespect, blessure, peur…) de crainte de traumatiser leur enfant. Bien au contraire, ces mots éclairent avec justesse ce qui a été érpouvé, surtout s’ils sont déposés avec simplicité, même si cela amène des larmes. L’important est que la mère les exprime à la première personne (« J’ai ressenti »,  « J’ai éprouvé »…) car elle parle ainsi de son monde à elle sans chercher à se justifier.

Comment je vis mon cycle de femme

La jeune fille hérite du vécu des femmes de sa lignée en lien avec ce sang des femmes. Sa mère peut lui exprimer comment elle a vécu l’arrivée de ses propres règles et quelle relation elle a avec son cycle et ses menstrues. Plus elle sera authentique, plus sa fille y récoltera ce dont elle a besoin.

Elle peut ainsi transmettre son expérimentation avec justesse sans se lamenter afin que sa fille soit libre d’en explorer une autre.

Je me souviens, au cours d’une séance où j’accompagnais une mère et sa fille dans un rituel de passage, de l’expression de la fillette de 11 ans, consternée en apprenant que, suite à un stérilet aux hormones, sa mère n’avait plus de règles : « Mais il faut que tu les retrouves ! », s’écria-t-elle. La fillette se sentait propulsée dans un cycle que sa mère avait fuit. Sur quoi allait-elle pouvoir s’appuyer pour se construire ?

Les facettes du cycle féminin

Par l’arrivée de ses menstrues qui est l’expression d’une phase de son cycle, la jeune fille se relie avec tous les cycles de l’Univers: les quatre phases de son cycle lui parlent de celles de la Lune, des saisons de la Terre, de celles du corps…

Vous pouvez lui offrir mon livre Stella et le cercle des femmes comme un geste symbolique. En revanche laissez-la libre d’aller chercher les informations dont elle a besoin comme elle en a besoin. Vous pouvez simplement lui exprimer votre disponibilité à ce sujet.

En revanche, si vous ne le faites pas déjà, c’est le moment d’aller à la rencontre de votre nature cyclique, d’en percevoir la richesse et la puissance, de vous respecter dans votre vulnérabilité et de rayonner librement la Femme que vous êtes.

Célébrer cet événement

Comment la jeune-fille a-t-elle envie de célébrer ce passage ? Il convient d’ouvrir cette possibilité sans l’imposer.

Nous pouvons rester libres de nos désirs de mères tout en évitant de devancer, d’interpréter car nous pouvons blesser. De même que nous avons souffert du peu de considération de nos mères, certaines de nos filles sont blessées par notre facilité à partager sur la place publique ce qui appartient à leur intimité.

Il est important de voir avec elle comment la nouvelle est annoncée, par qui, à qui et de quelle manière. Comment le dire à son père, quand ?

Ce sont davantage les pères et les mères qui ont besoin d’être accompagnés dans ce passage que leur fille. Leur enfant vit une grande vulnérabilité, car elle se trouve dans une période de mutation et se lance dans le monde. Pour s’y autoriser et le faire en sécurité, elle a besoin de leur présence. Or, c’est en étant présent à nous-même que nous sommes disponibles à l’autre. L’arrivée des premières règles se place aux portes de l’adolescence, plus ses parents vivront dans une authenticité en lâchant leurs masques, plus elle pourra s’appuyer sur eux et prendre son envol.

 

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Les articles

Les interviews

Les web-conférences

Livres

Les accompagnements numériques

Stages et formations

 

 

 

  • nathalie 29 avril 2017 at 0 h 12 min / Répondre

    J’ai eu mes premières règles à 11 ans . J’ai essayé de mettre des tampons vers 13-14 ans, impossible. Heureusement que je n’aime pas la piscine ça me donnait une bonne excuse!! Je n’ai pu en porter qu’à l’âge de 26 ans, j’imagine que c’est à ce moment que j’ai accepté mon corps, et que je me suis suffisamment relâchée pour que ça passe… tout le monde n’est pas égal devant l’insertion d’un corps étranger dans son vagin.
    Par contre l’arrivée des règles m’a laissée relativement indifférente. Mis à part la douleur insoutenable mensuelle, j’ai eu la chance d’avoir un flux léger, hyper régulier dès le debut. J’attends toujours les seins qui devaient aller avec mais je crois que c’est mort!

    • Maïtie Trélaün 1 mai 2017 at 23 h 03 min / Répondre

      Bonjour Nathalie
      Merci de votre partage qui parle simplement d’un parcours qui n’est pas si simple ! Peut-être que le fait de ne pas pouvoir mettre de tampon était aussi un moyen que votre corps à trouvé pour respecter cette espace si vulnérable. C’est parfois très intrusif de mettre un tampon et lorsqu’on n’accepte pas son corps de femme, on y va parfois en force.
      On est effectivement pas tous égal et surtout, vous avez su entendre et vous écouter. C’est énorme !
      Il vous reste à accueillir encore un peu plus votre corps avec votre poitrine comme elle est. La poitrine d’une femme est amenée à évoluer, parfois au fil de la vie, souvent avec la maternité et aussi après la ménopause. Parfois elle grossit, parfois elle diminue… C’est imprévisible et parfois surprenant. Donc… qui sait !
      Merci de ce partage qui parlera sûrement à d’autres femmes.

  • Dafodil 24 août 2017 at 10 h 02 min / Répondre

    Très intéressant, cet article! Il me parle vraiment! J’aurais bien aimé le lire avant l’arrivée des règles de ma fille aînée, il y a presque 3 ans. J’ai exactement eu ce sentiment de son entrée dans la communauté des femmes, et je voulais le célébrer. Elle n’a pas voulu, on a juste fait un goûter avec ses 2 grand-mères. J’ai aussi demandé à des femmes que j’aime d’écrire un petit texte en complétant 2 phrases: “Pour moi, être une femme c’est…” et “En tant que femme, je peux…” Ça a donné un petit livret vraiment intéressant.
    Ma fille a été à la fois touchée de l’attention et consciente que ça lui transmettait des pistes de vie, et en même temps vexée que je partage cela avec d’autres. Avec le recul, je me dis que j’ai été un peu lourde là-dessus, et en même temps je suis contente qu’elle ait pu lire ces paroles…
    En tout cas, je vois aujourd’hui que même si elle n’aime pas quand elle a ses règles (et qu’elle souffre le 1er jour), elle n’est pas du tout gênée par rapport à ça, elle en parle très librement, et je trouve ça vraiment chouette!
    Parler de sa naissance, de l’importance que ça a eu pour moi (elle est ma 1ère enfant), oui, je l’ai fait, je le fait encore, elle apprécie. C’est plus difficile de parler de sa 1ère année car j’ai souffert par rapport à son père (violences psychologiques, pas physiques), et je suis partie quand elle avait 15 mois.
    Enfin, je me suis moi aussi interrogée par rapport à mon cycle: je n’ai plus de règles depuis des années, avec un stérilet hormonal. A un moment je me suis sentie trop décalée par rapport à elle, aux autres femmes, à ma 2de fille qui elle aussi aura un jour ses règles, je me suis demandée comment je pouvais l’accompagner dans son cycle sans en avoir moi-même… J’ai cheminé et il y a 1 mois 1/2, j’ai changé pour un DIU cuivre. Et je suis heureuse de pouvoir à nouveau vivre mes règles (et je l’ai dit à ma fille)!
    Bref, désolée pour le pavé, et merci de partager ton expérience et tes mots qui résonnent vraiment pou moi

    • Maïtie Trélaün 26 août 2017 at 16 h 05 min / Répondre

      Bonjour Dafodil, votre témoignage me parle de l’attention que vous portez à l’évolution de vos filles et du cheminement que vous faites vers vous-même en tant que Femme. Ayant moi-)même une fille, j’ai réalisé que ce que je lui apportais de plus précieux était de me réaliser et de m’épanouir en tant que femme. Aller vers moi, me rendait étonnamment plus disponible à elle. J’ai alors appris à répondre à ses questions sans les anticiper et à respecter son silence lorsqu’elle n’avait aucune demande.
      C’est ce que vous avez senti en changeant de mode de contraception et en retrouvant votre cycle. Cela me parle de cette part de vous qui sait ce qui est approprié.
      Bien à vous

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